Le nouvel athéisme

Est-il vrai que la religion est la cause principale des guerres dans l'histoire ?

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Cette affirmation fait partie des plus répandues chez les nouveaux athées — Dawkins, Hitchens, Harris — et circule sur les réseaux sociaux. Mais les historiens spécialisés voient le tableau de manière beaucoup plus complexe.

Réponses insuffisantes à éviter

Du côté de certains croyants : « Les guerres religieuses ne sont pas vraiment religieuses, mais politiques déguisées » est une simplification dommageable. Certaines guerres ont eu une dimension religieuse réelle qu'on ne peut nier. « Les vraies religions sont toujours pacifiques » ignore l'histoire — toutes les grandes religions ont connu de la violence en leur nom. « La violence religieuse est justifiée car c'est une défense de la vérité » est une position dangereuse qui justifie ce qu'on est censé analyser.

Du côté de certains athées : « Supprimez la religion et les guerres disparaîtront » est une illusion naïve — le XXe siècle a vu les pires massacres sous des régimes séculaires (Staline, Mao, Pol Pot). « Toute guerre où il y a de la religion est une guerre religieuse » est une confusion — la présence de religion ne signifie pas qu'elle soit la cause principale. « La religion rend les gens fanatiques et violents » est une généralisation — des milliards de croyants vivent en paix.

Que disent les études historiques sérieuses ?

Premièrement, l'« Encyclopedia of Wars » de Charles Phillips et Alan Axelrod — la référence la plus complète — a documenté 1 763 guerres à travers l'histoire enregistrée. Parmi elles, seulement 123 (7%) ont été classifiées comme guerres religieuses. Même si nous doublions ce nombre par précaution, l'immense majorité reste non religieuse.

Deuxièmement, l'analyse de l'Institut international de recherche pour la paix (PRIO) : la plupart des guerres contemporaines sont causées par : les ressources naturelles, les frontières, le pouvoir politique, le nationalisme. La religion est un facteur secondaire dans la plupart des cas.

Troisièmement, les chiffres historiques de victimes : Première Guerre mondiale (17 millions), Seconde Guerre mondiale (70-85 millions), la Grande Famine chinoise (15-45 millions), les purges staliniennes (20 millions) — toutes non religieuses. En comparaison : les Croisades (1-3 millions sur 200 ans), les guerres de religion européennes (3-11 millions).

Quatrièmement, la nature des « guerres religieuses » prétendues : même les guerres classifiées « religieuses » ont rarement la religion comme cause unique ou principale. La guerre de Trente Ans (1618-1648) — que les nouveaux athées brandissent comme exemple — a commencé par un conflit religieux mais s'est rapidement transformée en conflit politique entre puissances européennes. La France catholique a soutenu les protestants contre l'Espagne catholique !

Positions sérieuses dans l'analyse de la relation

Premièrement, la position de « complexité causale » (Karen Armstrong, William Cavanaugh) : religion, politique et économie sont entremêlées dans la plupart des conflits. Séparer la « cause religieuse » des autres est artificiel. Le conflit israélo-palestinien : religieux ? National ? Colonial ? Tout cela et plus encore.

Deuxièmement, la position de « religion comme identité » (Jonathan Fox) : la religion est souvent un « marqueur identitaire » dans les conflits ethniques/tribaux plutôt qu'une cause théologique. L'Irlande du Nord : catholiques et protestants ne se battaient pas sur la doctrine mais sur l'identité nationale et les droits politiques.

Troisièmement, la position de « violence humaine originelle » (René Girard) : la violence précède la religion. La religion est souvent une tentative de contenir et d'organiser la violence, non sa cause. Le sacré détermine quand la violence est permise et quand elle est interdite.

Quatrièmement, la position d'« idéologie séculaire comme religion » (John Gray) : les idéologies séculaires (nationalisme, communisme, nazisme) se sont comportées comme des religions séculaires — doctrines absolues, martyrs, ennemis absolus. Si nous élargissons la définition de « religion » pour inclure celles-ci, le tableau devient plus complexe.

Preuves historiques contraires

Les religions ont contribué historiquement à la paix plus qu'à la guerre. La « Pax Romana » sous le christianisme, « dār al-Islām » qui a unifié des peuples en guerre, les mouvements religieux anti-esclavagistes, Gandhi et Martin Luther King. La plupart des institutions caritatives et humanitaires du monde ont des fondements religieux.

Où en sommes-nous dans ce débat aujourd'hui

Le consensus académique est clair : la religion n'est pas « la cause principale » des guerres historiquement. Les facteurs politiques, économiques et ethniques sont beaucoup plus importants. Oui, la religion a parfois un rôle — comme justification, comme identité, comme moteur — mais réduire la complexité du conflit humain à « la religion est un mal » est une simplification dommageable. L'honnêteté intellectuelle exige de reconnaître la complexité du phénomène.

Pour la lecture avancée

- Niveau intermédiaire : « Fields of Blood » de Karen Armstrong — déconstruction complète du mythe de la violence religieuse
- Niveau avancé : « The Myth of Religious Violence » de William Cavanaugh — critique philosophique de la distinction religion/séculier
- Steven Pinker, The Better Angels of Our Nature — malgré sa sécularité, documente le déclin de la violence avec la diffusion de « l'humanité religieuse »

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