L'argument cosmologique kalām
Qu'est-ce que l'argument cosmologique du kalām dans sa formulation simple, et pourquoi est-il considéré comme important aujourd'hui ?
L'argument cosmologique du kalām (kalām) est l'un des arguments philosophiques les plus célèbres pour l'existence de Dieu dans la tradition islamique et le débat contemporain. Il a été développé par les théologiens musulmans comme al-Ghazālī, et ravivé à l'époque moderne par le philosophe William Lane Craig. Sa formulation simple consiste en trois étapes : (1) tout ce qui a un commencement a une cause, (2) l'univers a un commencement, (3) donc l'univers a une cause. Cette cause — qui transcende le temps, l'espace et la matière — est ce que les philosophes appellent « Dieu ». L'argument paraît simple mais il porte une profondeur philosophique et scientifique qui en fait un élément central du débat contemporain.
Pourquoi « kalām » ?
Il est appelé « kalām » en référence à la science du kalām islamique, où les théologiens musulmans l'ont développé au Moyen Âge. Ce qui le distingue des autres arguments cosmologiques (comme celui d'Aristote ou d'Avicenne) est son accent sur le « commencement temporel » de l'univers, et non simplement le besoin causal. Les théologiens du kalām ont insisté sur le fait que l'univers est contingent (il a un commencement dans le temps), et non éternel comme l'ont pensé de nombreux philosophes grecs.
Réponses inadéquates à éviter
Du côté de certains croyants :
« L'argument est très évident, quiconque le nie nie les évidences. » C'est précipité. L'argument repose en réalité sur des prémisses philosophiques et scientifiques précises qui nécessitent une justification. Par exemple : le principe de causalité s'applique-t-il à l'univers dans son ensemble ? Le commencement temporel de l'univers est-il établi scientifiquement de manière catégorique ? Traiter l'argument comme une évidence ignore le débat philosophique sérieux qui l'entoure.
« Le Coran dit que Dieu a créé les cieux et la terre, et cela suffit. » Confusion entre les niveaux. L'argument du kalām est une tentative rationnelle de prouver ce que dit la révélation, mais il ne dépend pas de la révélation dans sa démonstration. Confondre l'argument rationnel et le texte religieux affaiblit le premier et ne sert pas le second.
Du côté de certains négateurs :
« Si tout a une cause, qui a créé Dieu ? » Objection courante mais qui vise une compréhension erronée de l'argument. L'argument ne dit pas « tout a une cause », mais « tout ce qui a un commencement a une cause ». Dieu, selon la conception religieuse, est éternel sans commencement, donc le principe ne s'applique pas à lui. L'objection attaque un homme de paille.
« Peut-être l'univers a-t-il émergé du néant sans cause, la physique quantique le permet. » Compréhension superficielle de la physique quantique. Même en mécanique quantique, les particules n'émergent pas d'un « néant absolu », mais d'un vide quantique qui a de l'énergie et des lois. Le vide quantique n'est pas le néant mais quelque « chose » ayant des propriétés physiques. La question demeure : d'où viennent le vide quantique et ses lois ?
Pourquoi ces réponses sont inadéquates
Elles partagent une simplification excessive. L'argument du kalām n'est ni un slogan religieux ni un mythe facile à réfuter, mais un argument philosophique avec une structure logique précise et un débat académique riche. Le traiter — que ce soit en l'acceptant ou en le rejetant — requiert de comprendre ses détails et ses présupposés, non de se contenter de réponses toutes faites.
La première prémisse : le principe de causalité
« Tout ce qui a un commencement a une cause » — ce principe paraît évident à beaucoup. Nous le voyons dans notre vie quotidienne : les choses n'apparaissent pas du néant. Mais philosophiquement, le principe nécessite une justification. Les défenseurs de l'argument disent que nier le principe mène à l'absurdité : si les choses apparaissaient sans cause, pourquoi ne voyons-nous pas des éléphants apparaître dans le salon ? Pourquoi l'univers en particulier apparaît-il et non autre chose ?
Les critiques répondent que le principe de causalité pourrait ne pas s'appliquer à l'univers dans son ensemble. Il pourrait s'appliquer à l'intérieur de l'univers (aux événements et choses qu'il contient) mais pas à l'univers lui-même. C'est un débat philosophique profond sur la nature de la causalité et ses limites.
La seconde prémisse : le commencement de l'univers
C'est ici que l'argument du kalām contemporain se distingue par son interaction avec la science moderne. La théorie du Big Bang, devenue le modèle standard en cosmologie, indique que l'univers a un commencement il y a environ 13,8 milliards d'années. Ceci semble constituer un soutien scientifique fort à la seconde prémisse.
Mais la question n'est pas si simple. Certains modèles cosmologiques contemporains (comme les modèles d'univers cycliques ou certains modèles de gravité quantique) tentent d'éviter le commencement absolu. Le débat scientifique reste ouvert, même si la tendance générale soutient l'idée du commencement.
Craig et d'autres présentent aussi des arguments philosophiques sur l'impossibilité d'un passé infini, indépendamment des preuves scientifiques. Ces arguments sont complexes et concernent la nature de l'infinité actuelle.
La conclusion : la nature de la cause
Si nous acceptons les deux prémisses, l'univers a une cause. Mais quelle est la nature de cette cause ? Les défenseurs de l'argument disent que la cause de l'univers doit être : (1) en dehors du temps et de l'espace (puisqu'ils font partie de l'univers), (2) immatérielle (puisque la matière fait partie de l'univers), (3) dotée d'un pouvoir suprême (pour produire l'univers), (4) personnelle (parce qu'une cause impersonnelle ne peut produire un effet temporel à partir d'un état atemporel éternel).
Le dernier point est controversé. Pourquoi la cause doit-elle être personnelle ? Craig argumente qu'une cause impersonnelle (comme une loi naturelle), si elle était éternelle et suffisante, aurait un effet (l'univers) également éternel. Mais l'univers n'est pas éternel. Donc la cause est personnelle, elle a choisi de créer l'univers à un moment donné.
Pourquoi l'argument est-il important aujourd'hui ?
Premièrement, parce qu'il interagit avec la science contemporaine. Contrairement à de nombreux arguments philosophiques traditionnels, l'argument du kalām tire parti de découvertes scientifiques récentes (Big Bang, thermodynamique, expansion de l'univers) pour soutenir ses prémisses.
Deuxièmement, parce qu'il a une structure simple mais un contenu profond. Il peut être expliqué en quelques minutes, mais sa discussion approfondie requiert une compréhension de la philosophie, de la science et de la logique. Cela en fait une excellente introduction au débat philosophique sur l'existence de Dieu.
Troisièmement, parce qu'il transcende les divisions religieuses traditionnelles. L'argument ne prouve pas le dieu d'une religion particulière, mais une « cause première » de l'univers. Cela en fait un terrain commun pour le dialogue entre les religions monothéistes, et même avec les déistes et les agnostiques ouverts.
Positions contemporaines sur l'argument
La position défensive forte : des philosophes comme William Lane Craig, Alexander Pruss et Robert Koons considèrent l'argument très fort, peut-être le plus fort argument pour l'existence de Dieu. Ils le développent avec des outils logiques et mathématiques contemporains.
La position critique : des philosophes comme Graham Oppy, Quentin Smith et Adolf Grünbaum présentent une critique technique de l'argument. Ils questionnent le principe de causalité, ou son application à l'univers, ou les conclusions théologiques.
La position équilibrée : beaucoup de philosophes contemporains voient l'argument du kalām comme fournissant une raison considérable de croire en l'existence d'une cause de l'univers, mais ce n'est pas une preuve catégorique. Il est considéré comme faisant partie d'une argumentation cumulative, aux côtés d'autres arguments.
Pour une lecture avancée
─ Niveau intermédiaire : La différence entre l'argument du kalām et l'argument de possibilité et nécessité
─ Niveau avancé : La critique de Grünbaum de l'argument du point de vue de la philosophie du temps
─ Livre de Craig « The Kalām Cosmological Argument » (1979)
─ Réponse de Sobel dans « Logic and Theism » (2004)
─ Page famille « Kalam Argument » sur le site