Le concept d'être nécessaire
Quelle est la différence entre quelque chose d'« existant » et quelque chose de « nécessairement existant » ?
Il s'agit d'une question fondamentale en philosophie, et la comprendre aide à saisir de nombreuses preuves philosophiques de l'existence de Dieu. La différence entre « existant » et « nécessairement existant » est la différence entre quelque chose qui peut exister ou ne pas exister, et quelque chose qui ne peut qu'exister.
Exemples illustratifs simples
Vous existez maintenant, mais vous auriez pu ne pas exister si vos parents ne s'étaient pas mariés. La Terre existe, mais elle aurait pu ne pas exister si les circonstances de formation du système solaire avaient été différentes. Même l'univers lui-même — selon de nombreux philosophes — aurait pu ne pas exister. Toutes ces choses sont « possiblement existantes » : elles existent effectivement, mais leur existence n'est pas nécessaire.
L'« être nécessairement existant » est complètement différent. C'est un existant dont on ne peut concevoir l'inexistence. Son existence est nécessaire comme la nécessité que 2+2=4. Il ne dépend de rien d'autre pour exister, mais son existence provient de son essence même.
Réponses insuffisantes à éviter
Du côté de certains croyants : « L'être nécessairement existant est évident, c'est Dieu, point final. » C'est de la précipitation. Le concept philosophique d'être nécessairement existant nécessite explication et justification. Sauter directement à « Dieu » sans clarifier le concept affaiblit l'argument.
Du côté de certains athées : « Il n'existe rien de nécessairement existant, tout est possible. » Affirmation forte qui nécessite justification. Si tout est possible (peut ne pas exister), alors pourquoi quelque chose existe-t-il en premier lieu ? Cela soulève la fameuse question de Leibniz : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »
« L'univers lui-même est nécessairement existant. » Cela nécessite une preuve. La plupart des physiciens considèrent que l'univers aurait pu être différent (constantes physiques différentes, lois différentes). S'il aurait pu être différent, alors il n'est pas nécessairement existant.
La distinction philosophique précise
Le possiblement existant : ce qui a besoin d'une cause extérieure pour exister. Son existence ne provient pas de son essence. On peut concevoir son inexistence sans contradiction. Comme : l'homme, les planètes, les galaxies.
L'être nécessairement existant : ce qui n'a pas besoin de cause extérieure. Son existence provient de son essence même. On ne peut concevoir son inexistence sans tomber dans une contradiction. Selon les philosophes monothéistes : Dieu seul est nécessairement existant.
L'impossiblement existant : ce qui ne peut exister car son concept est contradictoire. Comme : un carré circulaire, ou un nombre pair et impair à la fois.
Pourquoi cette distinction est-elle importante ?
Si tout dans l'univers est possiblement existant (a besoin d'une cause), alors il doit nécessairement exister quelque chose de nécessairement existant pour expliquer la chaîne des causes. Sinon nous tombons dans un enchaînement infini de causes, ou un cercle logique (la chose se cause elle-même).
C'est l'essence de la « preuve de la nécessité et de la possibilité » (ou argument cosmologique de la contingence) : les choses possibles ont besoin d'un être nécessairement existant pour expliquer leur existence.
Objections et réponses
Objection : « Peut-être l'univers est-il une chaîne infinie de choses possibles. »
Réponse : Même si la chaîne était infinie, elles restent toutes possibles et ont besoin d'explication. Une chaîne infinie de wagons ne bouge pas sans locomotive.
Objection : « Les concepts ne sont que des jeux de langage. »
Réponse : La distinction entre le nécessaire et le possible n'est pas seulement linguistique. Nous l'utilisons quotidiennement dans les sciences et les mathématiques. Les lois de la logique sont nécessaires, les résultats d'expériences sont possibles.
Où en sommes-nous de cette discussion aujourd'hui
La philosophie analytique contemporaine a redonné crédit à ces concepts. Des philosophes comme Alvin Plantinga et Robert Koons ont développé des formulations modernes de la preuve de la nécessité et de la possibilité. Même les philosophes non-croyants reconnaissent l'importance de la distinction entre le nécessaire et le possible en métaphysique.
La méthode cumulative place cette preuve comme partie d'un tableau plus large : s'il y a un être nécessairement existant, et que cet être nécessaire est la source de l'ordre dans l'univers (voie cosmique) et de la conscience (voie humaine), alors se dessine un tableau cumulatif qui favorise la position monothéiste.
Pour une lecture avancée
─ Niveau intermédiaire : la preuve d'Avicenne de la nécessité et de la possibilité
─ Niveau avancé : la formulation logique moderne de Plantinga de l'argument ontologique
─ Page « Contingency Argument » dans l'Encyclopédie Stanford de Philosophie