Les miracles
Pourquoi les grandes miracles manifestes ne se répètent-elles pas à notre époque ?
Cette question préoccupe beaucoup de personnes aujourd'hui. Nous lisons dans les livres sacrés des récits sur la fente de la mer, la résurrection des morts, la transformation du bâton en serpent, et nous nous demandons : pourquoi ne voyons-nous pas de tels miracles manifestes aujourd'hui ? Les miracles ont-ils cessé ? Ou bien leur nature a-t-elle changé ? Ou bien le problème réside-t-il dans notre regard ?
Réponses insuffisantes à éviter
Du côté de certains croyants : « Les miracles existent, mais vous ne les voyez pas à cause de la faiblesse de votre foi » — accusation personnelle qui ne répond pas à la question. La question porte sur les grandes miracles manifestes pour tous, et non sur les expériences spirituelles privées. « Les miracles ont cessé parce que les gens ne les méritent plus » — justification circulaire. Qui a dit que les gens du passé étaient meilleurs ? Le Coran et la Torah regorgent de récits de désobéissance et d'incrédulité. « Ne demandez pas de miracles, croyez simplement » — faire taire une question légitime. Les prophètes eux-mêmes ont été soutenus par des miracles.
Du côté de certains athées : « L'absence de miracles aujourd'hui prouve qu'ils n'ont jamais eu lieu » — saut logique. Le fait qu'une chose n'arrive pas aujourd'hui ne prouve pas qu'elle n'est pas arrivée dans le passé. « Les miracles sont des superstitions inventées par les ignorants » — simplification dommageable. Les témoignages de miracles viennent d'intellectuels et de gens simples à travers l'histoire. « La science a prouvé l'impossibilité des miracles » — confusion entre le naturel et le possible. La science étudie les lois naturelles, elle ne statue pas sur ce qui peut arriver en dehors d'elles.
Nature de la question et ses dimensions
La question comporte plusieurs dimensions imbriquées :
Premièrement, la dimension historique : les grandes miracles étaient-elles réellement plus fréquentes dans le passé ? Ou bien la manière de documenter et de transmettre les fait-elle paraître ainsi ?
Deuxièmement, la dimension théologique : quel est le but des miracles à l'origine ? Et ce but est-il toujours d'actualité ?
Troisièmement, la dimension cognitive : comment définissons-nous « grande miracle manifeste » ? Et nos critères d'aujourd'hui sont-ils différents de ceux du passé ?
Quatrièmement, la dimension scientifique : le progrès scientifique a-t-il changé notre capacité à discerner les miracles ?
Positions sérieuses dans ce débat
La position classique : les miracles sont liées aux missions prophétiques. Beaucoup d'érudits religieux voient que les grandes miracles étaient liées à l'établissement des missions prophétiques. Moïse avait besoin de miracles manifestes devant Pharaon. Jésus a soutenu sa mission en ressuscitant les morts. Muhammad est venu avec le Coran comme miracle permanent. Après l'établissement des missions prophétiques, le besoin ne s'est plus fait sentir pour des miracles de même ampleur. Cela ne nie pas les miracles mineures, mais explique la rareté des grandes.
La position évolutive : changement de la nature de la preuve. D'autres voient que l'humanité a évolué dans sa manière de recevoir les vérités. Dans le passé, le miracle sensible était la preuve la plus forte. Aujourd'hui, avec le développement de l'esprit critique et de la science, les preuves rationnelles et morales sont devenues plus convaincantes. Le miracle sensible aujourd'hui pourrait être interprété comme un tour de magie ou une illusion, tandis que la transformation morale profonde ou l'ordre cosmique parfait pourrait être plus éloquent.
La position psychologique : les miracles existent mais notre perception a changé. Certains penseurs suggèrent que les miracles continuent de se produire, mais que notre capacité à les percevoir a changé. L'esprit moderne est entraîné à chercher des explications naturelles à tout. Ce qui était vu comme miracle il y a des siècles, nous lui cherchons aujourd'hui une explication scientifique même si nous ne la trouvons pas. Cela ne signifie pas que les miracles n'existent pas, mais que nos « lunettes » perceptuelles ont changé.
La position pragmatique : la mauvaise question. Une quatrième position dit que se concentrer sur « pourquoi ne voyons-nous pas de grandes miracles » détourne de la question plus importante : comment vivre une vie pleine de sens ? Les miracles — si elles se produisent — ne résoudront pas nos problèmes existentiels. La foi mature ne dépend pas de miracles extraordinaires, mais du sens profond et de la transformation intérieure.
Observations importantes dans le débat contemporain
─ La documentation a changé : à l'ère des caméras et d'Internet, tout événement inhabituel est examiné et analysé. Cela rend plus difficile la revendication de miracles.
─ Les attentes ont changé : nous attendons du miracle aujourd'hui qu'il résiste à l'analyse scientifique, et c'est un critère qui n'existait pas dans le passé.
─ Les miracles mineures continuent : beaucoup témoignent d'expériences personnelles profondes, de guérisons inattendues, de synchronicités étonnantes. Celles-ci ne sont peut-être pas « fendre la mer », mais ce sont des miracles au niveau personnel.
─ La question du besoin : avons-nous réellement besoin de grandes miracles aujourd'hui ? Ou bien les autres preuves accumulées (cosmiques, naturelles (fiṭra), morales) suffisent-elles ?
Où en sommes-nous dans ce débat aujourd'hui
Le débat continue et se ramifie. Les croyants sérieux ne nient pas la rareté des grandes miracles manifestes, mais diffèrent dans leur interprétation. Et les athées sérieux ne se contentent pas de dire « il n'y a pas de miracles », mais discutent des critères de preuve et de perception. Ce sur quoi s'accordent les deux parties équitables : la question est légitime et importante, et y répondre exige plus qu'un slogan.
Pour une lecture avancée
─ Niveau intermédiaire : critères du miracle selon Hume et ses critiques
─ Niveau avancé : causalité divine et lois naturelles
─ Page famille « Miracles and Natural Laws » sur le site
─ Livre « Miracles » de C. S. Lewis