Philosophie mondiale de la religion

Comment le mouvement de la « Philosophie globale de la religion » (Diller, Kasimow, Knepper) propose-t-il d'élargir les sources de la philosophie pour inclure le bouddhisme, l'hindouisme et les traditions orales ?

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Le mouvement de la « Philosophie globale de la religion » (Global Philosophy of Religion) — mené par Jeanine Diller, Harold Kasimow, et Timothy Knepper — représente un tournant radical dans la philosophie contemporaine de la religion. Ce mouvement défie l'hégémonie occidentale-chrétienne sur le domaine, et appelle à un élargissement radical des sources et des méthodes.

Réponses inadéquates à éviter

De la part de certains conservateurs académiques : « La philosophie de la religion doit rester centrée sur la tradition occidentale. » Vision réductrice. La philosophie par nature aspire à l'inclusivité et à l'universalité.

De la part de certains enthousiastes : « Toutes les traditions sont philosophiquement égales. » Simplification. Les traditions diffèrent dans leur profondeur philosophique et leurs méthodes.

La structure méthodologique du mouvement

Première couche : critique de la situation actuelle. La philosophie anglo-américaine de la religion est dominée par des questions chrétiennes (existence du Dieu personnel, problème du mal, miracles). Cela marginalise des traditions philosophiques vénérables en Asie, en Afrique et dans les Amériques.

Deuxième couche : expansion méthodologique. Le mouvement appelle à :

Introduire les concepts bouddhiques : śūnyatā (vacuité), anātman (non-soi), duḥkha (souffrance) comme concepts philosophiques fondamentaux, non de simples « curiosités orientales ».

Intégrer la philosophie hindoue : l'Advaita Vedanta (non-dualisme), le Sāṃkhya (dualisme), le Nyāya (logique indienne) comme systèmes philosophiques complets.

Reconnaître les traditions orales : la sagesse des peuples autochtones d'Afrique, des Amériques et d'Australie comme philosophies vivantes, non de simples « folklores ».

Troisième couche : redéfinition des questions. Au lieu de « Dieu existe-t-il ? », nous demandons : « Quelle est la nature de la réalité absolue ? » Au lieu du « problème du mal », nous discutons de « la nature de la souffrance et de la libération ».

Contributions principales

Jeanine Diller : Dans "Global Philosophy of Religion: A Short Introduction" (2013), elle propose un cadre méthodologique pour comparer les concepts à travers les traditions. Par exemple : comparer « Dieu » dans le monothéisme abrahamique avec « Brahman » dans l'hindouisme et « dharmakāya » dans le bouddhisme.

Harold Kasimow : Spécialiste du dialogue interreligieux, il se concentre sur la façon dont la philosophie peut être enrichie par la rencontre entre différentes traditions.

Timothy Knepper : Dans "The Ends of Philosophy of Religion" (2013), il critique les objectifs traditionnels de la philosophie de la religion et propose de nouveaux objectifs incluant la compréhension mutuelle et la transformation personnelle.

Les défis méthodologiques

Premier défi : la comparabilité. Peut-on vraiment comparer « Dieu » avec « Nirvāṇa » ? Le mouvement répond : oui, à condition de développer des outils de comparaison précis.

Deuxième défi : la traduction philosophique. Comment traduire des concepts du sanskrit ou du yoruba vers l'anglais sans perdre le sens philosophique ?

Troisième défi : les critères d'évaluation. Par quels critères jugeons-nous la validité d'un argument bouddhique face à un argument chrétien ?

Exemples d'application

Exemple bouddhique : Au lieu de demander « Dieu existe-t-il ? », le bouddhisme demande « Quelle est la nature de la conscience ? ». Des philosophes comme Mark Siderits développent une « philosophie bouddhique analytique » qui combine la rigueur analytique et la profondeur bouddhique.

Exemple hindou : Śaṅkara (VIIIe siècle) a développé un système métaphysique complet dans l'Advaita Vedanta qui rivalise avec tout système occidental. Le mouvement appelle à l'étudier comme philosophe universel, non comme simple « penseur indien ».

Exemple des traditions orales : La philosophie Ubuntu africaine (« Je suis parce que nous sommes ») offre une vision ontologique et éthique profonde qui mérite une étude philosophique sérieuse.

L'impact sur le domaine

Le mouvement commence à changer le paysage :

Programmes universitaires : Des universités de premier plan commencent à inclure des cours de « philosophie bouddhique » et de « philosophie africaine de la religion ».

Conférences : Les conférences de philosophie de la religion incluent désormais des sessions sur les traditions non occidentales.

Publications : Des revues comme "International Journal for Philosophy of Religion" publient des recherches sur diverses traditions.

Critique et réponse

Critique : « Cela diminue les standards de rigueur philosophique. » Réponse : Le contraire est vrai. L'étude de traditions diverses exige plus de rigueur, pas moins.

Critique : « Difficulté de comparer des traditions qui ne partagent pas de concepts fondamentaux. » Réponse : C'est un défi méthodologique qui nécessite le développement de nouveaux outils, non une raison de reculer.

Du point de vue de la pondération rationnelle

L'approche du site dans les « Six Indices » s'harmonise avec cette orientation. Les six voies (masālik) sont ouvertes à l'intégration d'insights de différentes traditions. La voie humaniste par exemple peut être enrichie par les visions bouddhiques sur la nature de la conscience.

Où en sommes-nous de ce débat aujourd'hui

Le mouvement est en ascension. La nouvelle génération de philosophes de la religion est plus ouverte à la diversité. Mais la résistance reste forte dans certains milieux conservateurs. Le véritable défi : comment réaliser l'équilibre entre l'ouverture à la diversité et le maintien de la rigueur philosophique ?

Pour une lecture avancée

─ Niveau avancé : Les défis méthodologiques de la philosophie comparée chez Jonardon Ganeri
─ Jeanine Diller & Asa Kasher (eds.), Models of God and Alternative Ultimate Realities (Springer, 2013)
─ Timothy Knepper, The Ends of Philosophy of Religion (Palgrave, 2013)
─ Purushottama Bilimoria & Andrew Irvine (eds.), Postcolonial Philosophy of Religion (Springer, 2009)
─ Mark Siderits, Buddhism as Philosophy (Hackett, 2007)
─ Page « Introduction: The Question of God Today » sur le site

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