Le temps et l'éternité

Que sont la « théorie A » contre la « théorie B » du temps dans la philosophie contemporaine, et comment chacune d'elles affecte-t-elle la compréhension de la relation entre Dieu et le temps ?

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La théorie A et la théorie B du temps comptent parmi les débats les plus importants de la philosophie contemporaine du temps, et elles ont un impact profond sur notre compréhension de la relation de Dieu au temps. Cette distinction qui a commencé avec McTaggart (1908) et s'est développée avec les philosophes contemporains est devenue centrale dans les discussions de théologie philosophique.

Réponses insuffisantes à éviter

De la part de certains défenseurs du théisme : « La théorie B nie le libre arbitre et rend Dieu passif. » C'est une simplification. Beaucoup de philosophes théistes adoptent la théorie B sans abandonner le libre arbitre ou l'activité de Dieu.

De la part de certains naturalistes : « La physique moderne a prouvé la théorie B. » Inexact. La relativité restreinte soutient la théorie B mais ne la « prouve » pas — le débat philosophique se poursuit.

Théorie A : Le temps dynamique

La théorie A (ou théorie tensée/Tensed Theory) considère que :
- Le présent a une réalité spéciale distinctive
- Il existe un « maintenant » objectif qui se déplace à travers le temps
- Le passé n'existe plus, et le futur n'existe pas encore
- Le changement temporel est réel et essentiel

Ses représentants contemporains : William Lane Craig, Quentin Smith, Dean Zimmerman.

Théorie B : Le temps statique

La théorie B (ou théorie non-tensée/Tenseless Theory) considère que :
- Tous les moments temporels existent également (éternalisme du bloc/Block Eternalism)
- Il n'existe pas de « maintenant » objectif distinctif
- Les relations temporelles (avant/après) sont fondamentales, non les propriétés tensées (passé/présent/futur)
- Le changement est une illusion subjective résultant de notre perspective

Ses représentants : G. E. Moore, Bertrand Russell, D. H. Mellor, Robin Le Poidevin.

L'impact sur la compréhension de la relation de Dieu au temps

Selon la théorie A :

Si le temps est véritablement dynamique, cela présente plusieurs options pour la relation de Dieu au temps :

1. Dieu dans le temps (théisme temporel). Craig argumente que Dieu est éternel sans commencement mais temporel depuis la création. Cela préserve l'interaction réelle de Dieu avec le monde et nos prières.

Le défi : Comment Dieu peut-il changer sans perdre sa perfection ? Craig répond : changement dans les relations externes, non dans la nature divine.

2. Dieu hors du temps mais agissant en lui. Certains philosophes tentent de concilier : Dieu est éternel en lui-même mais ses actions se produisent dans le temps.

Le défi : Comment un être atemporel peut-il causer des événements temporels ?

Selon la théorie B :

Si tous les moments existent également, la relation de Dieu au temps devient :

1. L'éternité atemporelle classique. Dieu voit tout le temps « d'un coup » depuis une perspective éternelle. Boèce, Aquin, et les contemporains Stump-Kretzmann.

L'avantage : préserve la simplicité de Dieu, son immutabilité et sa connaissance complète du futur.

2. Dieu comme fondement du bloc temporel. Dieu maintient l'existence de tout le bloc quadridimensionnel.

Le défi : Dieu peut-il vraiment interagir avec les humains si tout est « accompli » éternellement ?

Le débat contemporain : Complexités et développements

Le défi de la mécanique quantique. Certaines interprétations quantiques (comme l'effondrement objectif) soutiennent la théorie A, tandis que d'autres interprétations (mondes multiples) soutiennent la théorie B.

Le problème de la prière et de la providence divine. Selon la théorie B, comment ma prière « maintenant » affecte-t-elle une action divine si le futur existe déjà ?

Réponses possibles :
- Dieu a arrangé les événements éternellement en tenant compte des prières (Molinisme)
- La prière change celui qui prie, non Dieu
- Rejet de la théorie B en faveur de la théorie A (Craig)

Liberté et destin. La théorie B n'abolit pas nécessairement la liberté (malgré la croyance commune). Les compatibilistes voient que la liberté est possible même si le futur « existe » dans le bloc éternel.

Positions médianes émergentes

Théorie du bloc croissant (Growing Block). Le passé et le présent sont réels, le futur n'existe pas. Tente de combiner les avantages des deux théories.

Présentisme (Presentism) avec éternité divine. Le présent seul est réel pour les créatures, mais Dieu voit tout le temps. Cela nécessite une métaphysique complexe des vérités sur le passé.

Théorie du temps fragmenté (Fragmentalism). Chaque cadre de référence a son propre présent — tentative de réconcilier relativité et théorie A.

Conclusion philosophique

Le débat entre les théories A et B n'est pas seulement technique philosophique, mais a des implications théologiques profondes :

- Selon la théorie A : Dieu est soit temporel (face au défi du changement) soit face à la difficulté d'interagir avec le temps
- Selon la théorie B : Dieu est éternel harmonieusement, mais l'interaction divine et la liberté deviennent problématiques

Il n'y a pas de consensus. Les philosophes théistes sérieux sont divisés, et chaque position a ses forces et faiblesses. L'important est de réaliser que choisir une théorie du temps n'est pas théologiquement neutre — cela a des implications sur notre compréhension de la nature de Dieu et sa relation à la création.

Pour une lecture avancée

- Niveau avancé : rôle de la théorie de la relativité restreinte dans le débat, et tentatives de réconciliation
- Craig & Smith, Theism, Atheism, and Big Bang Cosmology (Oxford, 1993)
- Leftow, Time and Eternity (Cornell, 1991)
- Zimmerman & Dean (eds.), God and Time: Four Views (IVP, 2001)
- Page « Topic: Divine Temporality vs Atemporality » sur le site

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