Les miracles

Comment Richard Swinburne et Stephen Davis ont-ils répondu à l'argument de Hume en utilisant la probabilité bayésienne ?

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La réponse de Richard Swinburne et Stephen Davis à l'argument de David Hume contre les miracles constitue l'un des développements les plus importants de la philosophie de la religion contemporaine, où ils ont utilisé la théorie des probabilités bayésiennes pour reformuler le débat de manière mathématique précise, révélant ainsi des failles logiques dans l'argument classique de Hume.

Réponses insuffisantes à éviter

De la part de certains croyants :

« Hume est un athée biaisé contre la religion, donc ses arguments sont rejetés d'emblée. » Ceci est une réponse paresseuse. Hume a présenté un argument philosophique méthodique qui mérite une réponse méthodique, non un rejet émotionnel. Même s'il était biaisé, l'argument doit être évalué selon ses critères logiques, non selon les motivations de celui qui l'énonce.

« Les miracles sont vrais parce que les livres sacrés le disent. » Cercle vicieux logique. La question est : comment savons-nous que ces livres sont véridiques ? L'une des preuves alléguées est les miracles. On ne peut donc prouver les miracles par les livres puis prouver les livres par les miracles.

« Les mathématiques et les probabilités ne s'appliquent pas aux affaires divines. » Fuite du débat. Si les miracles sont des événements dans le monde naturel (guérison, résurrection des morts, séparation de la mer), ils sont évaluables par des outils logiques et mathématiques.

De la part de certains critiques :

« Les réponses de Swinburne et Davis sont mathématiquement complexes pour cacher leur faiblesse. » Accusation sans preuve. La complexité mathématique n'est pas un défaut si elle sert la précision méthodologique. La physique est mathématiquement complexe, cela l'invalide-t-il ?

« La probabilité bayésienne est subjective, donc ne résout pas le problème. » Demi-vérité. Il est vrai que l'approche bayésienne inclut des probabilités a priori (priors) subjectives, mais sa force réside dans la façon de mettre à jour ces probabilités avec les preuves. Le débat passe de « les miracles sont-ils possibles ? » à « quelle est la force des preuves requises ? »

Pourquoi ces réponses sont-elles insuffisantes

Elles évitent le cœur du débat : comment évaluer méthodiquement les témoignages de miracles ? Hume a posé un défi logique qui nécessite une réponse logique, et c'est ce qu'ont fourni Swinburne et Davis.

L'argument original de Hume : rappel rapide

Dans « Of Miracles » (1748), Hume a présenté un argument double :

L'argument de principe : Le miracle est « une violation d'une loi naturelle ». L'expérience uniforme de l'humanité soutient les lois naturelles, donc la probabilité a priori du miracle est quasi nulle. Tout témoignage humain est sujet à l'erreur ou à la tromperie, donc la probabilité de mensonge ou d'erreur du témoignage est toujours plus grande que la probabilité d'occurrence du miracle.

L'argument d'application : Historiquement, les témoignages de miracles viennent de sociétés « primitives », ou de personnes religieusement biaisées, ou dans des contextes manquant de documentation scientifique.

La réponse de Swinburne : reformulation bayésienne

Dans « The Concept of Miracle » (1970) et « The Existence of God » (2004), Swinburne a reformulé le débat :

La formulation bayésienne de base :
```
P(M|E) = P(E|M) × P(M) / P(E)
```

Où :
- P(M|E) = probabilité du miracle après le témoignage
- P(E|M) = probabilité du témoignage si le miracle s'est produit
- P(M) = probabilité a priori du miracle
- P(E) = probabilité totale du témoignage

La critique de Swinburne envers Hume :

Premièrement, Hume confond « probabilité a priori faible » et « impossibilité ». Oui, P(M) est faible, mais n'est pas zéro. Si Dieu existe, les miracles sont logiquement possibles.

Deuxièmement, Hume ignore P(E|M). Si un miracle s'est réellement produit, quelle est la probabilité que des personnes fiables en témoignent ? Elle peut être très élevée. Par exemple, si une personne est guérie d'une maladie incurable devant des médecins, la probabilité de leur témoignage est élevée.

Troisièmement, Hume suppose que P(E|¬M) (probabilité du témoignage sans miracle) est toujours élevée. Mais dans certains cas, il est difficile d'expliquer le témoignage sans miracle. Par exemple, le témoignage des premiers ennemis du christianisme sur la résurrection du Christ nécessite une explication.

L'exemple d'application de Swinburne :

Supposons :
- P(M) = 0,001 (probabilité a priori faible)
- P(E|M) = 0,9 (si un miracle s'est produit, les témoins fiables témoigneront)
- P(E|¬M) = 0,01 (difficile d'expliquer un témoignage fiable sans miracle)

Par le calcul bayésien :
```
P(M|E) ≈ 0,083
```

Le témoignage a fait passer la probabilité de 0,1% à 8,3% — une augmentation considérable !

La réponse de Stephen Davis : développement et approfondissement

Dans « God and the Ethics of Belief » (2005) et « Christian Philosophical Theology » (2006), Davis a développé la réponse bayésienne :

La distinction entre types de miracles :

Davis a distingué entre :
- Miracles d'« intervention directe » (comme la séparation de la mer)
- Miracles de « timing divin » (une tempête qui sauve une armée croyante)
- Miracles de « transformation personnelle » (changement radical de personnalité)

Chaque type a des probabilités bayésiennes différentes. Les miracles de timing sont plus facilement acceptables que les miracles d'intervention directe.

L'argument de l'« arrière-plan théiste » :

Davis a souligné que P(M) n'est pas constant, mais dépend de l'arrière-plan cognitif :
- Dans un arrière-plan athée : P(M) ≈ 0
- Dans un arrière-plan agnostique : P(M) faible mais existant
- Dans un arrière-plan théiste : P(M) raisonnable

Cela signifie que l'évaluation des miracles ne se sépare pas du débat plus large sur l'existence de Dieu.

L'argument du « témoignage multiple indépendant » :

Si plusieurs personnes indépendantes témoignent du même miracle, les probabilités se multiplient bayésiennement. Cinq témoignages indépendants avec une probabilité d'erreur de 10% chacun donnent une probabilité d'erreur collective de seulement 0,001%.

Applications contemporaines

Le cas des miracles de Lourdes :

L'examen médical précis de 70 cas de « guérison miraculeuse » reconnus parmi 7000 revendications. L'application bayésienne :
- P(guérison naturelle) très faible pour les cas sélectionnés
- P(témoignage médical|guérison réelle) élevé
- Résultat : probabilité raisonnable d'intervention non naturelle

Le cas des témoignages de résurrection :

Application de la méthode bayésienne aux témoignages de résurrection du Christ (comme dans les travaux de Richard Swinburne et Timothy McGrew) :
- Témoignages multiples de parties lésées (les disciples ont risqué leur vie)
- Difficulté d'expliquer la naissance du christianisme sans événement exceptionnel
- Le débat reste ouvert, mais le cadre bayésien clarifie les points forts et faibles

La critique contraire et les réponses

Critique du « cercle bayésien » :

Certains critiques (Jordan Howard Sobel dans « Logic and Theism ») ont prétendu que l'approche bayésienne mène à un cercle : nous avons besoin de P(Dieu) pour calculer P(miracle), et nous avons besoin de P(miracle) comme preuve de Dieu.

La réponse : Ce n'est pas un cercle mais une interaction. Les différentes preuves (cosmologiques, morales, religieuses) interagissent bayésiennement. Chaque preuve élève légèrement la probabilité, et l'ensemble est cumulatif.

Critique des « probabilités a priori arbitraires » :

Les probabilités a priori dans l'approche bayésienne sont partiellement subjectives. Un critique et un théiste commenceront avec des probabilités très différentes.

La réponse : L'approche bayésienne ne prétend pas à l'objectivité absolue, mais clarifie comment les preuves doivent affecter les croyances. Même avec des probabilités a priori différentes, des preuves fortes peuvent rapprocher les résultats.

Positions contemporaines

Le courant de « bayésianisme modifié » (Lydia McGrew, Timothy McGrew) développe des outils bayésiens plus précis pour évaluer les témoignages historiques.

Le courant de « critique du bayésianisme en religion » (Herman Philipse, Graham Oppy) voit des limites à l'application bayésienne aux questions métaphysiques.

Le courant d'« intégration avec la psychologie cognitive » (Justin Barrett, Kelly James Clark) étudie comment les humains évaluent psychologiquement les miracles et l'effet de cela sur les calculs bayésiens.

Où en sommes-nous de ce débat aujourd'hui

La réponse de Swinburne et Davis a changé la nature du débat. La question n'est plus « peut-on croire aux miracles ? » (réponse de Hume : non), mais « quelle est la force des preuves requises ? » et « comment évaluer ces preuves méthodiquement ? »

L'approche bayésienne ne « prouve » pas les miracles, mais elle fournit un cadre méthodique pour le débat. Elle montre que le rejet absolu de Hume n'est pas logiquement justifié, et que l'évaluation des miracles requiert une analyse précise de chaque cas.

Pour une lecture avancée

- Niveau avancé : applications de Lydia McGrew de l'approche bayésienne aux témoignages du Nouveau Testament
- Richard Swinburne, The Concept of Miracle (Macmillan, 1970)
- Stephen T. Davis, "Hume on Miracles" in God, Reason and Theistic Proofs (Edinburgh UP, 1997)

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