L'argument de l'intentionnalité soutient que la directionnalité ou le caractère « à propos de » des états mentaux—leur capacité à porter sur, représenter ou désigner des choses au-delà d'eux-mêmes—ne peut être adéquatement expliquée par des processus purement physiques et indique ainsi une dimension non-physique de la réalité qui s'explique au mieux par le théisme. La structure inférentielle de l'argument part de l'observation que les pensées, croyances et désirs possèdent une intentionnalité intrinsèque (ils portent intrinsèquement sur des objets, états de choses ou propositions) pour affirmer qu'aucun état purement physique ne peut posséder cette propriété, puisque les états physiques ne se rapportent à d'autres états que par des connexions causales, non sémantiques ou représentationnelles. De cette irréductibilité de l'intentionnalité aux propriétés physiques, les défenseurs infèrent que la conscience requiert une explication non-physique, avec Dieu comme source ultime des phénomènes mentaux et lieu originel de l'intentionnalité dont les esprits finis tirent leurs capacités représentationnelles.
L'argument de l'intentionnalité trouve ses racines dans la réactivation par Franz Brentano de la notion scolastique médiévale d'intentionnalité dans Psychologie du point de vue empirique (1874), où il identifie l'intentionnalité comme la marque du mental. Parmi les défenseurs contemporains figurent Richard Swinburne, qui dans The Evolution of the Soul (1986) soutient que les états intentionnels ne peuvent être analysés en termes purement physiques, et J.P. Moreland, qui dans Consciousness and the Existence of God (2008) développe un argument détaillé de l'intentionnalité au théisme. Robert Adams dans « Flavors, Colors, and God » (1987) affirme que le contenu intentionnel des états mentaux requiert un fondement dans un esprit divin, tandis qu'Angus Menuge dans Agents Under Fire (2004) argue que les explications naturalistes de l'intentionnalité échouent invariablement à capturer ses traits essentiels. Charles Taliaferro a défendu des versions de l'argument dans plusieurs ouvrages, notamment Consciousness and the Mind of God (1994).
Les objections les plus fortes proviennent de philosophes naturalistes qui soutiennent que l'intentionnalité peut être naturalisée par des théories causales, fonctionnelles ou téléologiques. Daniel Dennett dans La Stratégie de l'interprète (1987) argue que l'intentionnalité n'est qu'une stratégie interprétative utile plutôt qu'une propriété réelle nécessitant explication. Fred Dretske dans Naturalizing the Mind (1995) et Ruth Millikan dans Language, Thought, and Other Biological Categories (1984) proposent que l'intentionnalité émerge de fonctions biologiques sélectionnées par l'évolution. Les défenseurs répondent que ces approches réductionnistes soit éliminent l'intentionnalité authentique, soit la présupposent subrepticement. Ils soutiennent que l'intentionnalité dérivée (comme dans les mots ou cartes) dépend toujours de l'intentionnalité originelle dans les esprits, créant une régression infinie à moins d'être fondée dans une source immuable de signification—à savoir l'esprit de Dieu.
L'argument de l'intentionnalité diffère du problème difficile de la conscience en se concentrant spécifiquement sur l'aspect représentationnel des états mentaux plutôt que sur les qualités phénoménales. Contrairement à l'argument des qualia qui met l'accent sur l'expérience subjective, cet argument cible la directionnalité objective de la pensée. Alors que le problème de l'émergence concerne la difficulté générale de la conscience surgissant de la matière, l'argument de l'intentionnalité avance une thèse plus spécifique sur les propriétés sémantiques. Contrairement aux arguments du dualisme corps-esprit qui portent sur la distinction de substance, cet argument aborde spécifiquement le caractère « à propos de » du contenu mental comme preuve du théisme.