L'argument du problème de l'émergence soutient que la conscience ne peut surgir de processus purement physiques, indiquant ainsi une dimension non-physique de la réalité qui suggère une explication théiste. L'affirmation centrale de l'argument est que les caractéristiques qualitatives et subjectives de l'expérience consciente—la conscience phénoménale—ne peuvent émerger des propriétés quantitatives et objectives de la matière par aucun mécanisme physique connu. Contrairement à la simple complexité organisationnelle, qui peut s'expliquer par des interactions physiques, la conscience présente des propriétés véritablement nouvelles qui apparaissent ontologiquement discontinues avec leur substrat physique. L'argument infère que si le naturalisme ne peut expliquer cette émergence, le théisme fournit un cadre plus cohérent en postulant un esprit divin conscient comme source de la conscience finie.
Cet argument trouve ses racines dans la philosophie moderne, particulièrement dans les écrits de Gottfried Wilhelm Leibniz (Monadologie, 1714) qui soutenait que la perception ne peut surgir de processus mécaniques. La formulation contemporaine a gagné en importance grâce aux travaux de Timothy O'Connor sur le dualisme émergent (Persons and Causes, 2000) et sa collaboration avec Hong Yu Wong sur l'émergence et la causalité mentale. J.P. Moreland a développé extensivement les implications théistes dans The Recalcitrant Imago Dei (2009), argumentant que l'émergence de la conscience constitue une preuve du théisme. Richard Swinburne a incorporé les considérations d'émergence dans son cas cumulatif dans The Existence of God (2004), tandis que Robert Adams a exploré les dimensions théologiques dans « Flavors, Colors, and God » (1987). La théologie émergentiste de Philip Clayton dans Mind and Emergence (2004) représente une appropriation théologique processuelle de l'argument.
Les critiques soulèvent plusieurs objections à l'argument du problème de l'émergence. Les physicalistes comme David Papineau (Thinking about Consciousness, 2002) argumentent que le mystère apparent se dissout une fois qu'on abandonne les intuitions dualistes—la conscience semble inexplicable seulement parce que nous supposons implicitement qu'elle doit être non-physique. Les émergentistes comme Paul Humphreys soutiennent que l'émergence véritable se produit dans toute la nature, de la chimie à la biologie, sans nécessiter d'explication surnaturelle. Le problème de combinaison défie le dualisme de substance : comment les micro-expériences se combinent-elles en conscience unifiée ? Les défenseurs répondent que les « explications » physicalistes corrèlent simplement les états neuraux avec les expériences sans expliquer l'émergence elle-même. Ils argumentent que les autres émergences naturelles impliquent seulement la complexité structurelle, tandis que la conscience introduit une ontologie irréductible à la première personne. Le cadre théiste, maintiennent-ils, évite le problème de combinaison en fondant la conscience finie dans la conscience divine.
Le problème de l'émergence diffère des arguments de conscience connexes de manières spécifiques. Contrairement au problème difficile, qui se concentre sur pourquoi il y a « quelque chose que c'est » d'avoir des expériences, le problème de l'émergence cible spécifiquement la question diachronique de comment la conscience surgit de la non-conscience. Il diffère de l'argument des qualia en abordant non seulement l'existence de propriétés qualitatives mais leur émergence évolutive et développementale. Contrairement aux arguments du dualisme esprit-corps qui se concentrent sur la distinction de substance, le problème de l'émergence peut accommoder le dualisme de propriété tout en maintenant que même les propriétés émergentes nécessitent un fondement théiste.