L'argument du réglage fin soutient que les constantes fondamentales et les conditions initiales de l'univers sont précisément calibrées pour permettre l'existence de structures complexes, particulièrement la vie, et que cette calibration précise s'explique mieux par une conception intentionnelle que par le hasard ou la nécessité. L'argument procède en identifiant de nombreux paramètres physiques—tels que la constante cosmologique, la force nucléaire forte et le rapport de masse entre protons et électrons—dont les valeurs se situent dans des intervalles extraordinairement étroits nécessaires à un univers permettant la vie. Il argue ensuite que l'improbabilité de ces valeurs par hasard, combinée à l'absence de nécessité physique démontrable pour ces valeurs spécifiques, fait de la conception divine l'explication la plus plausible du réglage fin cosmique.
Bien que des précurseurs apparaissent dans la théologie naturelle, l'argument moderne du réglage fin a émergé dans les années 1970 grâce aux découvertes en cosmologie et physique des particules. Les développeurs clés incluent Brandon Carter qui a introduit le principe anthropique (1974), John Barrow et Frank Tipler qui ont systématisé les exemples de réglage fin dans The Anthropic Cosmological Principle (1986), et des physiciens comme Paul Davies (The Accidental Universe, 1982) et Martin Rees (Just Six Numbers, 1999). Les défenseurs philosophiques comprennent Richard Swinburne (The Existence of God, 2004), Robin Collins ("The Teleological Argument" dans The Blackwell Companion to Natural Theology, 2009), et Luke Barnes qui a co-écrit A Fortunate Universe (2016) fournissant une analyse physique rigoureuse des paramètres de réglage fin.
Les critiques avancent trois objections principales. Premièrement, l'hypothèse du multivers suggère que notre univers est l'un parmi d'innombrables univers avec des constantes variées, rendant nos valeurs permettant la vie non surprenantes. Les défenseurs répondent que les théories du multivers restent spéculatives, nécessitent leur propre réglage fin et ne font que repousser la question du dessein. Deuxièmement, les critiques argumentent que nous ne pouvons pas attribuer significativement des probabilités aux constantes fondamentales ou évaluer si une physique alternative pourrait permettre différentes formes de complexité. Les partisans répliquent que nous pouvons faire des estimations de probabilité raisonnables basées sur les espaces de paramètres et que la vie nécessite des conditions spécifiques comme des atomes stables et la chimie. Troisièmement, l'objection anthropique note que nous ne pourrions observer qu'un univers finement réglé puisque nous existons. Les défenseurs rétorquent que cela explique pourquoi nous observons le réglage fin mais non pourquoi le réglage fin existe.
L'argument du réglage fin diffère des autres arguments du dessein en se concentrant sur les paramètres physiques quantitatifs plutôt que sur la complexité biologique (dessein intelligent, complexité irréductible), le raisonnement analogique (analogie de l'horloger) ou l'ordre cosmique général (dessein cosmique). Contrairement au principe anthropique qui note simplement les effets de sélection observationnelle, l'argument du réglage fin fait une inférence au dessein. Il emploie des formulations mathématiques précises absentes des arguments classiques du dessein.