L'argument du sensus divinitatis affirme que les humains possèdent une faculté cognitive innée qui produit une conscience immédiate et non-inférentielle de l'existence de Dieu et de ses attributs fondamentaux. Contrairement aux arguments qui raisonnent des prémisses aux conclusions, cette approche postule que la croyance en Dieu surgit spontanément par un sens intégré analogue à la perception, la mémoire ou l'intuition morale. L'argument soutient que ce sens divin fonctionne correctement dans des environnements propices, générant des croyances théistes justifiées sans nécessiter de preuves ou d'argumentation, bien que son fonctionnement puisse être altéré par le péché, le conditionnement culturel ou la suppression volontaire.
Le concept remonte à l'Institution de la religion chrétienne de Jean Calvin (1536), où il soutenait que Dieu a implanté un « sens de la divinité » (sensus divinitatis) et une « semence de religion » (semen religionis) innés dans chaque âme humaine. Alvin Plantinga a révolutionné l'argument dans Warranted Christian Belief (2000), développant un cadre épistémologique sophistiqué où le sensus divinitatis sert de mécanisme producteur de croyances qui, lorsqu'il fonctionne correctement, génère des croyances théistes justifiées. Paul Helm dans Faith and Understanding (1997) et C. Stephen Evans dans Natural Signs and Knowledge of God (2010) ont affiné l'argument, Evans proposant que les phénomènes naturels servent de « signes naturels » déclenchant le sensus divinitatis.
Les critiques soulèvent plusieurs objections : l'argument semble infalsifiable puisque la non-croyance s'explique par un dysfonctionnement plutôt que par l'absence de la faculté ; les neurosciences suggèrent que les expériences religieuses corrèlent avec des états cérébraux spécifiques plutôt qu'avec une perception divine ; la diversité des croyances religieuses mine les prétentions d'un sens divin universel. Les défenseurs répondent que l'infalsifiabilité n'implique pas la fausseté ; la corrélation entre états cérébraux et expériences ne détermine pas leur véridicité ; et la diversité pourrait refléter des superpositions culturelles sur une conscience théiste basique. L'objection de la Grande Citrouille—que toute croyance pourrait revendiquer une justification similaire—est contrée en arguant que le sensus divinitatis possède des caractéristiques phénoménologiques uniques et un pouvoir explicatif concernant la croyance théiste répandue.
Contrairement aux arguments d'expérience mystique focalisés sur des rencontres extraordinaires, le sensus divinitatis concerne la conscience ordinaire et quotidienne de Dieu. Il diffère de l'expérience numineuse (le mysterium tremendum d'Otto) en mettant l'accent sur le contenu cognitif plutôt que sur la réponse affective. Alors que les expériences de conversion impliquent des transformations dramatiques, le sensus divinitatis opère continuellement chez les croyants. L'argument diverge des approches cumulatives en revendiquant une conscience divine directe plutôt qu'une inférence à partir de sources expérientielles multiples.