L'argument de la connaissance morale soutient que notre capacité d'acquérir une véritable connaissance morale—notre aptitude à connaître des vérités morales avec une confiance justifiée—requiert l'existence de Dieu comme fondement ultime de la réalité morale et de notre accès épistémique à celle-ci. Contrairement aux arguments qui se concentrent uniquement sur l'ontologie morale (ce qui fait exister les faits moraux) ou la motivation morale (pourquoi nous devrions être moraux), cet argument aborde spécifiquement l'épistémologie morale : comment nous pouvons connaître les vérités morales de manière fiable. L'argument procède typiquement en établissant que (1) nous possédons effectivement une connaissance morale, (2) les explications naturalistes ne peuvent rendre compte adéquatement de la façon dont nous acquérons cette connaissance étant donné l'apparent fossé entre faits physiques et faits moraux, et (3) le théisme fournit la meilleure explication en postulant Dieu comme source de la vérité morale et garant de la fiabilité de nos facultés cognitives dans les domaines moraux.
L'argument de la connaissance morale trouve ses racines dans la philosophie moderne, particulièrement dans les œuvres de René Descartes et Nicolas Malebranche, qui s'inquiétaient de la fiabilité de nos facultés sans garantie divine. Parmi les défenseurs contemporains figurent Robert Adams dans Finite and Infinite Goods (1999), où il soutient que l'excellence et la connaissance morale requièrent un cadre théiste, Alvin Plantinga dans Warranted Christian Belief (2000), qui étend son argument évolutionniste contre le naturalisme à la connaissance morale, et Mark Linville dans « The Moral Argument » (2009), paru dans The Blackwell Companion to Natural Theology. Richard Swinburne dans The Existence of God (2004) incorpore également des considérations sur la connaissance morale dans son argument cumulatif. Paul Copan et Mark Linville dans An Introduction to Biblical Ethics (2014) développent davantage les dimensions épistémologiques des arguments moraux.
Les critiques soulèvent plusieurs objections contre l'argument de la connaissance morale. Les arguments évolutionnistes de déconstruction, avancés par Sharon Street dans « A Darwinian Dilemma for Realist Theories of Value » (2006) et Richard Joyce dans The Evolution of Morality (2006), soutiennent que l'évolution peut expliquer nos croyances morales sans présumer leur vérité, sapant ainsi les prétentions à la connaissance morale dans toute vision du monde. Les défenseurs répondent que les explications évolutionnistes n'expliquent tout au plus que nos mécanismes de formation des croyances, non la vérité ou la justification des croyances morales, et que le théisme explique mieux la corrélation entre nos facultés morales et la vérité morale. Une autre objection concerne le désaccord moral : si Dieu a conçu nos facultés pour la connaissance morale, pourquoi un désaccord si répandu ? Les partisans répliquent que le désaccord provient des limitations cognitives, des influences culturelles et des effets noétiques du péché, non d'une non-fiabilité fondamentale des facultés morales fonctionnant correctement.
L'argument de la connaissance morale diffère des autres arguments moraux par son focus épistémologique spécifique. Alors que l'argument de la moralité objective affirme que les faits moraux requièrent l'existence de Dieu, il n'aborde pas comment nous connaissons ces faits. L'argument moral kantien passe de l'obligation morale aux postulats pratiques concernant Dieu, mais n'insiste pas sur l'acquisition de la connaissance. La théorie du commandement divin concerne ce qui rend les actions bonnes ou mauvaises (les commandements de Dieu), plutôt que comment nous connaissons les vérités morales. L'argument du réalisme moral défend l'existence de faits moraux indépendants de l'esprit mais peut rester agnostique quant à leur statut épistémologique.