L'argument du Livre de la Nature affirme que le monde naturel fonctionne comme un texte divin à travers lequel l'existence, les attributs et les desseins de Dieu peuvent être discernés par la raison humaine, indépendamment de la révélation scripturaire. Cette formulation postule que, tout comme les textes écrits transmettent du sens par des symboles ordonnés, le cosmos présente des modèles intelligibles, des structures mathématiques et des arrangements téléologiques qui pointent vers un Auteur intelligent. L'argument passe de la prémisse que la nature affiche des régularités systématiques et des lois compréhensibles à la conclusion qu'un tel ordre nécessite un Esprit divin qui a inscrit ces modèles dans la création. Contrairement aux arguments qui se concentrent sur des caractéristiques spécifiques comme l'ajustement fin ou la complexité, le Livre de la Nature met l'accent sur la lisibilité générale et l'accessibilité rationnelle de l'ordre créé comme preuve de Dieu.
La métaphore de la nature comme livre a émergé dans la pensée patristique avec des figures comme Augustin (De Genesi ad litteram, 5e siècle) et Jean Chrysostome, qui parlaient de la création comme d'une écriture universelle accessible à tous les peuples. La formulation a gagné en importance grâce aux penseurs médiévaux comme Hugues de Saint-Victor (Didascalicon, 12e siècle) et Bonaventure (Breviloquium), atteignant une expression systématique dans la Theologia Naturalis de Raymond de Sebond (1436). La Révolution scientifique a intensifié cette approche, Galilée déclarant fameusement que les mathématiques sont le langage dans lequel le livre de la nature est écrit (Il Saggiatore, 1623), tandis que Johannes Kepler décrivait son travail astronomique comme "penser les pensées de Dieu après Lui". La tradition s'est poursuivie à travers des philosophes naturels comme Robert Boyle (Some Considerations about the Reconcileableness of Reason and Religion, 1675) et persiste dans les discussions contemporaines sur l'intelligibilité cosmique.
Les critiques soulèvent plusieurs objections à l'argument du Livre de la Nature. David Hume (Dialogues sur la religion naturelle, 1779) a questionné si le "texte" de la nature pourrait être trop ambigu ou corrompu pour produire des conclusions théologiques claires, notant que les catastrophes naturelles et la souffrance biologique fournissent des messages contradictoires. Kant a soutenu que bien que nous imposions des catégories rationnelles à la nature, cela reflète les structures cognitives humaines plutôt que la paternité divine. Les critiques contemporains comme Paul Davies reconnaissent l'intelligibilité mathématique de la nature mais argumentent que cela pourrait être un fait brut ne nécessitant aucune explication théologique. Les défenseurs répondent que l'objection du mal naturel confond la théologie morale et naturelle, que l'efficacité remarquable des mathématiques pour décrire la nature (selon Eugene Wigner) suggère plus qu'une projection humaine, et que la possibilité même de la science présuppose un ordre rationnel que le naturalisme peine à expliquer.
Le Livre de la Nature diffère des formulations connexes en théologie naturelle par sa métaphore textuelle spécifique et son accent épistémologique. Alors que la Révélation Générale englobe toute divulgation divine non-scripturaire incluant la conscience et l'expérience religieuse, le Livre de la Nature se concentre spécifiquement sur la structure rationnelle du monde naturel. La Révélation Naturelle met typiquement l'accent sur la communication divine immédiate à travers la création, tandis que le Livre de la Nature souligne l'interprétation médiatisée des modèles cosmiques. La physico-théologie examine des caractéristiques de conception particulières comme preuves, alors que l'argument du Livre de la Nature repose sur l'intelligibilité générale de la nature plutôt que sur des adaptations spécifiques.