L'argument cosmologique thomiste désigne la famille de raisonnements cosmologiques développés par Thomas d'Aquin dans la Somme théologique et la Somme contre les Gentils, le plus célèbrement dans les trois premières des Cinq Voies. La Première Voie raisonne du mouvement à un Premier Moteur immobile ; la Deuxième Voie de la causalité efficiente à une Cause Première ; la Troisième Voie de la contingence et de la nécessité à un être dont la nécessité est fondée en lui-même. Bien que distincts, ces arguments partagent un cadre commun aristotélicien-scolastique impliquant la distinction entre puissance et acte, l'impossibilité de la régression causale essentiellement ordonnée, et l'exigence que les séries causales se terminent en quelque chose dont l'être ne dépend pas de causes antérieures.
Aquin s'est fortement appuyé sur la métaphysique d'Aristote, médiatisée par les traductions et commentaires d'Ibn Sīnā, Ibn Rushd, et Maïmonide. Les Cinq Voies ne sont pas cinq arguments séparés mais cinq expressions d'une intuition métaphysique commune : que la structure de l'être requiert un fondement non dérivé. L'argument a été raffiné et défendu à l'époque moderne par les néo-thomistes incluant Étienne Gilson, Jacques Maritain, et plus récemment par des thomistes analytiques tels qu'Edward Feser, qui a travaillé à reformuler le cadre aristotélicien-thomiste en termes accessibles aux philosophes analytiques contemporains et à le défendre contre les mésinterprétations courantes.
Les critiques ont soulevé de nombreuses objections. Anthony Kenny a soutenu dans The Five Ways (1969) que les arguments reposent sur une physique dépassée, particulièrement les conceptions aristotéliciennes du mouvement. Les défenseurs contemporains, particulièrement Feser, répondent que la métaphysique sous-jacente est indépendante de la théorie physique spécifique et concerne la dépendance ontologique plutôt que le mouvement physique au sens moderne. Graham Oppy a contesté la distinction entre séries causales essentiellement et accidentellement ordonnées, et le passage de « cause première » au Dieu traditionnel du théisme classique. Le statut de l'argument demeure contesté à l'intérieur comme à l'extérieur de la scolastique contemporaine.
Parmi les autres formulations de la famille cosmologique, la version thomiste est distinctive par son intégration étroite à un système métaphysique compréhensif fondé sur les distinctions acte/puissance et essence/existence. Elle diffère de la version du kalām en ne requérant pas un commencement temporel. Elle diffère de la version leibnizienne en ne s'appuyant pas sur le Principe de Raison Suffisante comme principe autonome. Elle s'inscrit dans le même héritage aristotélicien-avicennien que le burhān al-imkān wa-l-wujūb d'Ibn Sīnā mais opère dans le contexte théologique chrétien qu'Aquin développait.