L'approche de la garantie et fonction propre soutient que la croyance religieuse peut posséder une garantie—cette propriété qui convertit la croyance vraie en connaissance—lorsque les facultés cognitives fonctionnent correctement dans un environnement approprié selon un plan de conception visant la vérité. Ce cadre épistémologique affirme que si les humains possèdent un sensus divinitatis ou une faculté similaire de détection de Dieu opérant correctement, la croyance théiste peut être garantie sans nécessiter de support évidentiel ou d'argumentation. L'approche défie l'exigence du fondationnalisme classique selon laquelle les croyances religieuses requièrent des preuves propositionnelles ou une inférence à partir de croyances plus basiques, proposant plutôt que la croyance en Dieu peut être aussi garantie que les croyances perceptuelles ou mémorielles lorsqu'elle provient de mécanismes cognitifs fonctionnant correctement.
Alvin Plantinga a développé cette approche de manière exhaustive dans sa trilogie : Warrant: The Current Debate (1993), Warrant and Proper Function (1993), et Warranted Christian Belief (2000). S'appuyant sur la philosophie du sens commun de Thomas Reid et le sensus divinitatis de Calvin, Plantinga argue que la garantie requiert : (1) le fonctionnement propre des facultés cognitives, (2) un environnement épistémique approprié, (3) des facultés visant la vérité, et (4) la fiabilité dans cet environnement. Michael Bergmann dans Justification without Awareness (2006) étend ce cadre externaliste, tandis que William Alston dans Perceiving God (1991) applique des principes similaires à l'expérience religieuse. C. Stephen Evans dans Natural Signs and Knowledge of God (2010) développe la notion de signes naturels comme déclencheurs de croyances théistes proprement basiques.
Les critiques soulèvent plusieurs objections à cette approche. L'objection de la Grande Citrouille, formulée par Michael Martin et Keith Parsons, argue que n'importe quel système de croyance pourrait revendiquer une garantie par une prétendue fonction propre, rendant le critère vide de sens. Richard Feldman et d'autres évidentialistes soutiennent que l'approche autorise l'irresponsabilité épistémique en abandonnant les exigences évidentielles. L'argument de réfutation évolutionniste, avancé par Paul Griffiths et Wilkins, suggère que les facultés religieuses ont évolué pour la survie plutôt que pour la vérité, sapant leur fiabilité. Les défenseurs répondent que : (1) tous les mécanismes de formation de croyances ne sont pas également plausibles étant donné notre évidence totale, (2) la fonction propre fournit des contraintes objectives absentes dans le pur fidéisme, et (3) les arguments évolutionnistes menacent également les comptes naturalistes de la raison elle-même.
Cette formulation diffère des autres approches de l'épistémologie réformée par son focus spécifique sur les conditions de garantie. Alors que le Modèle de Plantinga englobe l'ensemble du modèle A/C incluant les effets noétiques du péché et l'instigation interne du Saint-Esprit, la garantie et fonction propre se concentre sur le cadre épistémologique général. Contrairement aux croyances proprement basiques qui soulignent le statut fondationnel de la croyance théiste, cette approche détaille les conditions externalistes de la garantie. Elle fournit l'appareil théorique pour répondre à l'objection de la Grande Citrouille en spécifiant des critères objectifs pour la fonction propre.