La théorie de la projection soutient que les croyances religieuses, particulièrement la croyance en Dieu, proviennent de processus psychologiques par lesquels les humains projettent leurs propres qualités, désirs ou structures sociales sur un domaine transcendant imaginé. L'argument affirme que les divinités ne sont pas des réalités objectives mais plutôt des représentations externalisées d'attributs humains—qu'il s'agisse de caractéristiques humaines idéalisées, de souhaits inconscients ou de structures de pouvoir sociétales. Cette critique suggère que ce que les croyants prennent pour une connaissance de la réalité divine est en fait un reflet de la psychologie humaine et des conditions sociales, faisant de la croyance religieuse une forme d'auto-tromperie systématique plutôt qu'une véritable compréhension du transcendant.
Les racines philosophiques de la théorie remontent à L'Essence du christianisme (1841) de Ludwig Feuerbach, qui soutenait que Dieu représente la projection par l'humanité de sa propre nature essentielle dépouillée de ses limitations. Sigmund Freud a développé ceci dans un cadre psychanalytique dans L'Avenir d'une illusion (1927), proposant que Dieu fonctionne comme une figure paternelle projetée satisfaisant des besoins infantiles de protection. Karl Marx a incorporé la projection dans sa critique matérialiste, considérant la religion comme reflétant et légitimant les structures de classe. Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912) d'Émile Durkheim offrait une variante sociologique, soutenant que les symboles religieux représentent des idéaux collectifs projetés. Les scientifiques cognitifs contemporains comme Stewart Guthrie (Faces in the Clouds, 1993) ont reformulé la théorie de la projection en termes de détection hyperactive d'agentivité et d'anthropomorphisme.
Les philosophes théistes ont élaboré plusieurs réponses à la théorie de la projection. Alvin Plantinga argue dans Warranted Christian Belief (2000) que même si des mécanismes de projection existent, cela n'empêche pas Dieu de les utiliser pour générer des croyances vraies—le sophisme génétique confond l'origine de la croyance avec sa valeur de vérité. C.S. Lewis dans The Pilgrim's Regress (1933) soutenait que le désir humain du transcendant pourrait indiquer un objet réel plutôt qu'une simple projection. Perceiving God (1991) de William Alston maintient que l'expérience religieuse peut fournir une justification épistémique indépendante de ses origines psychologiques. Les théoriciens de la projection répliquent que ces réponses ne traitent pas la corrélation systématique entre contenu religieux et psychologie humaine, et que le pouvoir explicatif de la théorie rend les hypothèses divines superflues.
La théorie de la projection diffère des critiques apparentées par son mécanisme psychologique spécifique. Alors que la réalisation de souhaits se concentre sur les besoins émotionnels motivant la croyance, la théorie de la projection souligne l'externalisation d'attributs humains sur des êtres imaginés. Contrairement à la critique des biais cognitifs qui examine les erreurs de raisonnement générales, la théorie de la projection identifie un processus spécifique de transfert d'attributs. Elle diverge de la critique généalogique en proposant un mécanisme psychologique universel plutôt qu'un développement historique contingent. Là où l'opium du peuple met l'accent sur les fonctions sociopolitiques de la religion, la théorie de la projection privilégie les origines psychologiques.