La théodicée de la formation de l'âme soutient que Dieu permet le mal et la souffrance parce qu'ils servent un but essentiel dans le développement moral et spirituel humain. Cette théodicée affirme qu'un monde contenant des défis, des épreuves et des choix moraux authentiques fournit les conditions nécessaires pour développer des vertus comme le courage, la compassion et la résilience qui ne pourraient exister dans un paradis sans souffrance. L'argument maintient que le but ultime de Dieu n'est pas de maximiser le plaisir ou minimiser la douleur, mais de créer des êtres capables d'une croissance morale authentique et d'une maturité spirituelle à travers leurs réponses à l'adversité.
La théodicée de la formation de l'âme trouve son articulation moderne dans « Evil and the God of Love » (1966) de John Hick, s'appuyant sur les intuitions antérieures d'Irénée de Lyon (130-202) qui distinguait entre les humains créés à « l'image » de Dieu versus à sa « ressemblance ». Hick a développé cette tradition irénéenne contre la vision augustinienne dominante, argumentant que les humains furent créés immatures et doivent subir un développement moral. Richard Swinburne dans « The Existence of God » (1979) et « Providence and the Problem of Evil » (1998) a élargi ce cadre, soulignant comment la souffrance permet la responsabilité morale. Marilyn McCord Adams dans « Horrendous Evils and the Goodness of God » (1999) a raffiné l'approche tout en reconnaissant ses limites concernant la souffrance extrême.
La réponse théiste la plus forte à la théodicée de la formation de l'âme vient de ceux qui argumentent qu'elle échoue à justifier l'étendue et la distribution de la souffrance. Des critiques comme William Rowe dans « The Problem of Evil and Some Varieties of Atheism » (1979) soutiennent qu'il existe des maux gratuits qui ne servent aucun but de formation de l'âme, particulièrement la souffrance des jeunes enfants et des animaux incapables de croissance morale. D.Z. Phillips dans « The Problem of Evil and the Problem of God » (2005) argue que la théodicée instrumentalise la souffrance de manière non éthique. Les défenseurs répondent que nous ne pouvons juger quelle souffrance est vraiment gratuite étant donné nos limitations épistémiques, et que la théodicée n'a pas besoin de justifier chaque instance du mal mais seulement de montrer la compatibilité logique entre Dieu et le mal. Ils soulignent que la formation de l'âme requiert des risques et conséquences authentiques, non un environnement contrôlé où toute souffrance mène directement à la croissance.
La théodicée de la formation de l'âme diffère des autres formulations dans la famille du problème du mal par son approche constructive. Contrairement au problème logique du mal, qui affirme une incompatibilité nécessaire entre Dieu et le mal, ou au problème évidentiel du mal, qui argue que l'étendue du mal rend l'existence de Dieu improbable, la théodicée de la formation de l'âme offre un compte rendu positif du but du mal. Elle contraste avec la défense du libre arbitre en se concentrant sur le développement du caractère plutôt que simplement sur la valeur de la liberté libertarienne, et contrairement à l'emphase du théisme sceptique sur nos limitations cognitives, elle fournit des affirmations substantives sur le rôle du mal dans le développement humain.